Félix Paoletti nous a quitté

C’est avec tristesse que nous avons appris le décès de Félix Paoletti. Il a été incinéré au cimetière du Père Lachaise le vendredi 12 septembre. Il a été un compagnon de route du CREIS et son président pendant quelques années et a contribué avec conviction et détermination à la réflexion sur les enjeux de l’informatisation.

Toutes nos condoléances à sa famille.

Voici le texte lu par Daniel Naulleau lors des obsèques en hommage à Félix.

Félix PAOLETTI En souvenir.

Félix vient de nous quitter ce 4 septembre à 84 ans. Je vais tenter d’évoquer des faits qui m’ont marqué tout au long d’une quarantaine d’années de vie commune à l’Institut de Programmation / UFR d’informatique à Jussieu.

La carrière de Félix a été originale, carrière commencée en 1971. Il a fait, je crois, des études en Lycée technique puis s’est orienté vers les probabilités et les statistiques. Cela été sa spécialité d’enseignement à Jussieu depuis son arrivée, au moment du boom de l’enseignement de l’Informatique en France.

Il a toujours eu à cœur de faciliter l’accès de l’enseignement supérieur à des étudiants dont les parcours n’avaient pas été « normaux » Il a défendu, becs et ongles, les diverses moutures des filières de Programmeur d’Etudes, permettant ainsi à des jeunes, et moins jeunes, de poursuivre leurs études vers les voies « nobles ». Des nombreux étudiants d’IUT ont profité de ces possibilités.

Après la sortie en 1978 de la Loi informatique et libertés un mouvement au sein de l’Institut de Programmation s’est développé visant à la création d’un enseignement « Informatique et Société ». Je me souviens qu’une pétition a été lancée en interne pour obtenir un tel enseignement, finalement donné par une équipe de 8 enseignants. Félix a été un élément moteur de ce lancement.

Nous avons du être les plus grands diffuseurs de la loi Informatique et Libertés en la distribuant aux promotions de centaines d’étudiants de l’époque.

Il a aussi porté cette parole dans les écoles normales en particulier dans des Universités d’été du Ministère et au travers d’articles pour des colloques et des revues, sans oublier ses diverses publications comme « l’Homme et l’ordinateur » ou « Informatique et Libertés ». Il a été dans les années 90 président du CREIS, l’association des enseignants chercheurs en Informatique et Société.

C’est en 1991 que Félix a soutenu sa thèse « Informatique et société, ergonomie et conditions de travail » sous la direction de Jean Pierre Bénéjam, mettant « en évidence qu’il n’y a pas de déterminisme technologique et que, par conséquent, il existe pour les différents acteurs sociaux, des possibilités de choix ».

Félix a aussi été un militant syndical, tantôt actif localement, tantôt nationalement au SNES-Up puis au SGEN CFDT. Localement il a été moteur dans le fonctionnement de l’UFR soit en participant ou animant des AG soit par son investissement comme co-directeur de l’UFR 922 avec Richard Terrat en 1984-1985. Je retiens de cette période le travail qu’il a réalisé pour permettre aux personnels IATOS de suivre la reconversion des « perfo-vérif » vers divers fonctions plus modernes.

Il a participé activement aux premières luttes concernant l’amiante, qui ont permis d’obtenir une première protection des bureaux des personnels au cours des années 70, plus de vingt ans avant le désamiantage complet des locaux de l’université.

Discret, strict mais efficace, il a certainement fait évoluer l’UFR vers plus d’ouverture au monde par le développement d’ Informatique et Société, mais aussi vers les étudiants qui n’avaient pas eu la chance de suivre le « bon » cursus, en luttant contre les traditions, la réglementation, l’inertie de la fac.

11 Septembre 2025

Daniel NAULLEAU

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Parmi les nombreuses publications de Félix, citons ses trois contributions à la revue Terminal

N° 141 Terminal : Écouter (à) l’écran

Terminal est une revue de réflexion critique sur les mutations de la société à partir de la question des nouvelles technologies de l’information et du développement d’Internet. Terminal s’attache à une réflexion pluridisciplinaire et transversale sur les enjeux culturels et sociaux des TIC (Technologies de l’Information et de la Communication).

Terminal est en ligne sur le site Open édition Journal

Voix écrite et lecture conversationnelle, silence, son et bruit de la présence à distance.

Sous la direction de Peppe Cavallari et Margot Mellet

N° 140 Terminal – Transition numérique et transition écologique : complémentarité, tension, opposition

Ce numéro thématique, conjointement réalisé par les revues tic&société et Terminal, traite de deux processus en cours en ce premier quart du XXIe siècle : la transition numérique et la transition écologique. Plus particulièrement, il s’agit de mettre en évidence et de questionner, dans la mesure du possible, les similitudes, les tensions et les oppositions entre ces deux processus évolutifs.

La conjugaison des termes transition et numérique formerait en soi un oxymore, car la numérisation généralisée de la société ne favorise guère l’impératif de sobriété que supposerait la transition écologique. Le travestissement de la notion de transition dans le champ du numérique ne consisterait-il pas ainsi en une diversion afin de détourner l’attention de ce qui se prépare dès à présent en matière de croissance du numérique?

Ce numéro de Terminal est en ligne sur le site Open Edition

État d’urgence, 10 ans après

L’observatoire des libertés et du numérique (OLN) dont CREIS-TERMINAL est membre fondateur, organise les 6 et 7 juin un colloque

Bilan critique de la loi Renseignement de 2015 et d’une décennie de répression administrative

Vendredi 6 juin

Lieu : Auditorium de la maison des avocats, 11 Rue André Suares, 75017 Paris (à côté du Tribunal judiciaire).

Matinée : Bilan critique de la loi sur le renseignement de 2015

9h-12h30 – Modération : Noémie Véron, maître de conférences en droit public à l’Université de Lille.
Point de vue d’un sociologue : Didier Bigo, rédacteur en chef de la revue « Cultures et Conflits » et professeur émérite à Sciences Po / CERI, spécialiste de la sociologie politique internationale et co-auteur de l’ouvrage « Intelligence Oversight in Times of Transnational Impunity » ;
Point de vue d’un juriste : Lilian Dailly, maître de conférence en droit public à l’université de Poitiers, auteur de la thèse « Le renseignement  : étude de droit public », publiée en juin 2025, éd. Mare & Martin ;
Point du vue de la société civile : les propositions de l’Observatoire des Libertés et du Numérique pour améliorer le contrôle et les limites des services de renseignement, Félix Tréguer (membre de l’association La Quadrature du Net) et Nohra Boukara (membre du Syndicat des avocat·es de France);
Point de vue d’une journaliste : Camille Polloni, journaliste à Mediapart, spécialiste des questions de police ;
Point de vue d’une personne concernée : « L’assignation à résidence : une mesure privative de liberté délétère prolongeant le spectre de l’incarcération », Kamel Daoudi, ingénieur d’études en informatique, assigné à résidence depuis 17 ans (à distance) ;

Après midi : État d’urgence de 2015, 10 ans de dérives des répressions administrative

14h-17h30 – Introduction et modération : Judith Allenbach du Syndicat de la magistrature.

Table ronde avec la participation de :

  • Anne Charbord, juriste spécialiste des droits humains, engagée auprès des rapporteurs spéciaux des Nations Unies sur la protection des droits de l’homme dans le contexte de la lutte contre le terrorisme ;
  • Stéphanie Hennette-Vauchez, professeure de droit public à l’université Paris-Nanterre ;
  • Nicolas Klausser, Chargé de recherche, Sociologie et sciences du droit au CNRS ;
  • Vincent Louis1, Doctorant en droit public à l’Université Paris Nanterre ;
  • Lucie Simon, avocate, membre du Syndicat des Avocat·es de France ;
  • Sihem Zine, juriste, fondatrice de l’association Action droits des musulmans.

Lors de cette après midi seront évoqués différents thèmes permettant de croiser les différents regards des participant·es  :
– les abus de la lutte antiterroriste dans une perspective internationale ;
– une mise en perspective critique de l’ensemble des mécanismes de police administrative mis en place ces dix dernières années ;
– les abus du recours aux MICAS (mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance) ;
– le recours aux notes blanches : le droit des étrangers comme laboratoire de l’antiterrorisme administratif ;
– les abus racistes et islamophobes des répressions administratives  : exemple du contrôle des comptes bancaires et des fermetures administratives d’associations ;
– la fuite en avant des outils technosécuritaires de contrôle « préventif » ;
– les abus du recours à l’accusation d’apologie du terrorisme et à la censure administrative qui lui est liée ;
– les dissolutions d’associations ;

Ces thématiques permettent de mettre en lien les enjeux liés à l’accumulation des lois sécuritaires et leurs effets cliquet, les limites aux contre-pouvoirs et, plus généralement, la dérive autoritaire chaque jour plus inquiétante à nos yeux.

Conclusion : En 2025, comment retrouver la direction de l’État de droit ?

17h30 – Nathalie Tehio, présidente de la Ligue des droits de l’Homme.

Samedi 7 juin

Après-midi et soirée grand public : Quelles résistances face à la répression et la surveillance ?

Lieu : Les Amarres, tiers lieu, 24 Quai d’Austerlitz, 75013 Paris.

Entrée libre.

Une après-midi remplie d’ateliers, de conférences, de projection et échanges pour faire le point sur 10 ans de dérives autoritaires et comment y résister, suivie d’une soirée pour célébrer nos luttes.

13h30h : Accueil

13h45 : Discussion – Retour sur la dernière décennie de répression : quel constat ? comment lutter ?
Avec les membres des associations de l’Observatoire des Libertés et du Numérique dont Dominique Desbois, membre du CA de CREIS-TERMINAL : Technologies numériques : au service de la sécurité globale ou instrument du contrôle social ?

14h45 – 16h45 : Atelier – Compréhension et échange sur les outils de surveillance étatique

15h00 – 16h00 : Atelier – Comprendre comment utiliser les outils juridiques (CADA, CNIL) pour obtenir de l’information des administrations et documenter les politiques de surveillance
Par Technopolice Paris-Banlieue

15h – 17h : Discussion – Table ronde sur les violences d’État
Avec le Collectif de soutien aux inculpé·es du 8 décembre, la Coordination contre la répression et les violences policières Paris-IDF, la campagne contre la dissolution d’Urgence Palestine

16h45 – 18h15 : Atelier – Autodéfense numérique : Insécurités numériques et militantismes, comprendre les menaces pour anticiper les risques
Par l’Interhack

17h – 18h15 : Atelier – Militants/manifestants, s’opposer au fichage : mode d’emploi
Par des membres du SAF et du Syndicat de la magistrature

17h : Atelier – Présentation de l’outil Attrap (Automate de Traque de Termes et de Recherche dans les Arrêtés Préfectoraux) permettant d’effectuer des recherches dans les recueils des actes administratifs (RAA) des préfectures
Par La Quadrature du Net

18h15 : Projection du Film « Le Repli » suivi d’une discussion

20h : Concerts et DJ

Tables et stands :

  • Technopolice Paris-Banlieue ;
  • Ligue des droits de l’Homme, avec notamment la présentation des jeux «  »On lâche rien ! » et « Rien à cacher ! » et de la documentation sur nos droits en manifestation et face à la police ;
  • Coordination contre la répression et les violences policières Paris-IDF ;
  • Interhack – Infokiosque ;
  • Observatoire des Libertés et du Numérique et ses invité·es

Les associations de l’Observatoire des Libertés et du Numérique : Globenet, Creis-Terminal, la Ligue des droits de l’Homme (LDH), Amnesty International France, Le Syndicat des avocat·es de France (SAF), le Syndicat de la Magistrature (SM), le CECIL et La Quadrature du Net (LQDN).